Burkina Faso: Ansaroul Islam prêtera-t-il allégeance à l’État islamique?

Burkina Faso: Ansaroul Islam prêtera-t-il allégeance à l’État islamique?

Un compte télégramme proche du groupe AQMI et un compte twitter proche de l’État islamique ont rapporté le 13 avril, qu’un groupe jihadiste burkinabè pourrait prêter allégeance (bay’ah) au soi-disant État islamique (EI). Bien que ce groupe n’ait pas été nommé, des informations (considérées comme rumeurs) font référence au groupe Ansaroul Islam dirigé par Boureïma Dicko, plus connu sous le nom de Malam Ibrahim Dicko. Il est à noter que le compte associé à AQMI a probablement repris le compte pro-EI. Il conviendrait de préciser que le groupe de Dicko constitue la principale source d’insécurité dans le nord du Burkina Faso, sont observés des tentatives d’assassinat, des assassinats ciblés , des incursions dans les villages et les écoles, ainsi que des attaques complexes contre des positions de l’armée et de la police. Cette situation sécuritaire a paralysé le secteur de l’éducation, impacté sérieusement les services sociaux notamment l’accès au système sanitaire et affecté la sécurité alimentaire, également provoquant un deplacement de la population de certains villages vers la zone frontalière du Soum au Burkina Faso.

Des membres du groupe djihadiste Ansaroul Islam

Les rumeurs susmentionnées ont surgi suite à la récente opération transfrontalière tripartite appelée «Panga», menée conjointement par les forces françaises de Barkhane, les forces Maliennes et les forces Burkinabées. La forêt de Fhero située le long de la frontière Malienne-Burkinabèe, constituait le point focal des opérations, ainsi que le théâtre de la double attaque qui a visé les forces françaises dans l’après-midi du 5 avril. Cette double attaque, revendiquée par Jama’ah Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), été initiée par une détonation d’un engin explosif qui a frappé un véhicule blindé léger (LAV), blessant deux soldats français. S’en est suivie une embuscade qui visait un détachement d’ingénieurs arrivé pour sécuriser le périmètre de la première attaque. Un soldat français y est décédé. Le 7 avril, les habitants des villages de la forêt de Fhero et ses alentours ont confirmé que plusieurs frappes aériennes et bombardements se sont produits tout au long de la journée. Le lendemain, ces actions militaires se sont calmées, marquant le dernier jour des opérations.

La forêt de Fhero a récemment fait l’objet d’une attention particulière pour abriter Dicko et ses hommes, actifs entre Djibo et Mondoro, et ce, malgré la présence historique d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, d’Al-Mourabitoune, d’Ansar Dine et du MUJAO. Actuellement, il existe cinq groupes locaux distincts actifs dans la zone, l’un des groupes basé dans les environs de Sèrma, un autre groupe de petites unités d’AQMI dans le pays Dogon, spécifiquement dans les zones de Dinangourou et Dioungani-Peulh, et le groupe de Malam qui occupe le long de la frontière, des résidus du MUJAO, rangés sous la direction d’al-Sahraoui, sont établis dans la zone frontalière tripoint dit Liptako et dans le sud de Ménaka, et enfin, Al-Mourabitoune, qui occupe un local actif le long des axes Ansongo-Gao-Gossi. Cette configuration fait que la revendication de responsabilité pour l’attaque contre les forces françaises ne confirme pas automatiquement qu’Ansaroul Islam a rejoint la fusion récente de factions affiliées à AQMI dans la région, ce qui reste néanmoins un signe important.

Pour revenir aux rumeurs précèdentes, il est important de noter tout d’abord que Dicko serait comme nous avons informé précédemment – un ancien membre du MUJAO, en lien avec Adnane Abou Walid Al-Sahraoui, bien que la nature de cette relation à l’heure actuelle ne soit pas connue. Deuxièmement, des sources bien informées confirment qu’Ansaroul Islam a exprimé son intention de rejoindre l’EI. La source référencée pro-EI a confirmé avec certitude le rapport à MENASTREAM, tout en citant les combattants libyens d’EI, principale source de la rumeur sur une éventuelle bay’ah au Burkina Faso. Bien qu’il soit délogé de son ancienne forteresse à Syrte et disséminé à travers la Libye, le réseau existe dans cette région avec une importante présence médiatique et apparemment, un rôle non négligeable en ce qui concerne les communications entre l’Afrique de l’Ouest et Raqqa.

Une source, citant une source sécuritaire burkinabée proche du «dossier d’Ansaroul Islam» , a également indiqué l’affiliation du groupe de Malam à l’«État islamique au Sahel», c’est-à-dire l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Dicko et Sahraoui partagent un espace opérationnel dans le nord du Burkina, alors que le groupe de Dicko appartient à la province de Soum et le groupe Sahraoui sactive plutôt dans la province d’Oudalan. Sahraoui a revendiqué deux attaques sur le sol burkinabé: Une attaque d’un poste de douane perpétrée le premier septembre dernier 2016 à Markoye, et une deuxième perpétrée le 12 octobre de la même année, contre un poste d’armée à Intagom. Ce groupe a pour rappel, prêté allégeance à al-Baghdadi en mai 2015.

En outre, le journal mauritanien Al-Akhbar a rapporté ( de ses sources), que le groupe de Dicko, nommé «Ançar Allah», avait l’intention de prêter allégeance à l’EI, tout en indiquant qu’il n’était pas précisé que le serment devait être prêté directement à Al-Baghdadi ou à (comme indiqué) l'”État islamique en Afrique de l’Ouest” dirigé par al-Sahraoui. Cependant, une communication officielle avec un serment d’allégeance émanant du Burkina reste à voir. Jusqu’à présent aucune preuve palpable ne montre que Ansaroul Islam pourrait rejoindre l’État islamique.

Récemment, des combattants de l’Ansaroul Islam de Dicko ont rencontré à Indaki, au Mali, près de la frontière tri-étatique, un groupe de jihadistes de la zone, et Almansour Ag Alkassoum un quarantenaire Touareg également commandant et cerveau de ce groupe. Un autre individu inconnu qui a vécu ou a été enregistré au camp de réfugiés de Mentao au Burkina Faso, était également présent à cette réunion.

Alkassoum a un rôle de coordinateur parmi les sarayas (unités) actives dans le Gourma et l’Haïre. Alkassoum est issu de la tribu Imghad et originaire du village de Madiakoye, le chef-lieu de la commune Séréré, située juste au sud de la fleuve Niger et à environ soixante-dix kilomètres à l’est de Tombouctou. Il opère avec d’autres Touaregs de la tribu Imouchag, Bellahs du Gourma, Peuls de Séno Mango et Bambaras du mouvement Dawa venant de Bamako. Ensemble, ces unités opèrant dans la zone constituent la katiba (brigade) d’Ansar Dine nommé Ansar Dine Sud ou «Sud de la fleuve» (à ne pas confondre avec la Katiba Macina). La katiba d’Alkassoum a été responsable de multiples attaques contre les forces maliennes et la MINUSMA dans la région, s’étendant de Gourma-Rharous au nord jusqu’à Douentza au sud.

Il est fortement supposé que la rencontre entre les hommes de Dicko et le groupe dirigé par Alkassoum s’est axée sur l’Ansaroul Islam qui s’unit avec JNIM. Il est à noter que la zone d’Indaki, plus précisément à Tin Téhégrin, a connu des affrontements entre une patrouille tripartite et des présumés jihadistes le 7 avril. Aucun bilan ou détails n’a été communiqué sur ces affrontements.

Toutefois, la question de savoir si la relation entre Ansaroul Islam et JNIM aurait pu changer après les événements récents dans la zone frontalière, subsiste toujours. Pendant ce temps, les résultats des opérations militaires tripartites signalées par le Ministère de la Défense français, font état de “.. saisies de matériel, neutralisation de deux terroristes, capture de 8 autres ainsi que plusieurs dizaines de suspects remis aux autorités burkinabèes.Le journal en ligne malien Nord Sud Journal a signalé, à ce propos, que plus de deux cents suspects ont été arrêtés dans la forêt de Fhero et dans les villages environnants, alors que les villageois ont été témoins d’une présence encore visible des djihadistes dans la zone, en particulier à Douna, alors que les opérations de ratissage et de fouilles dans la zone ont pris fin.